La voix Radio

C’est plutôt étonnant, la plupart des animateurs n’accordent pas beaucoup d’attention à leur voix. La voix d’un animateur exige de l’entraînement et du soin. Les meilleurs animateurs appréhendent leur rôle de communicateurs et l’importance de la voix dans ce processus. La voix devient pour eux un outil de haute précision, fragile et prioritaire.

Certains animateurs, surtout parmi les débutants, n’ont pas la même voix à l’antenne et hors antenne. Tous les directeurs de programmes du monde plaisantent à propos d’une conversation qu’ils ont eue un jour avec un animateur qui, lorsqu’il apprend le titre de son interlocuteur, transforme sur-le-champ sa voix, sa diction et son ton. Ce n’est pas le cas des professionnels qui ont toujours la même voix.

Nous assumons que parce que les animateurs gagnent leur vie avec leur voix, ils sont entraînés pour utiliser leur voix de manière plus efficace que les non-animateurs. Ce n’est pas le cas. La plupart ont une lacune de savoir-faire sur l’usage et les soins à consacrer à leur voix.

Une jeune ballerine sera capable de vous donner des cours d’anatomie, rares sont les animateurs capables de nous expliquer comment fonctionne le système vocal. Pour la majorité d’entre eux, la voix est issue d’un processus naturel et indestructible. Un ventriloque ou un chanteur en sait plus sur le sujet. Connaître les notions fondamentales de la production vocale est pourtant le début du processus d’amélioration de la voix.

Contrairement à ce que l’on peut penser, la belle voix n’est pas le premier critère choisi par les auditeurs ni par les directeurs de programmes d’ailleurs. Un animateur qui a une belle voix mais qui a développé un tas de défauts (et je ne parle pas du contenu) risque d’être plus irritant que celui qui a une voix disons courante, mais entraînée. En fait, quelles sont les voix que nous entendons à la radio ?

Les voix graves

Chaleureuses, impressionnantes, puissantes, les voix graves suscitent souvent plus de crédibilité, un ton cérémonial à un événement et une impression haut de gamme. Parce qu’elles sont exceptionnelles, on les retient facilement et force est d’admettre que c’est un avantage autant chez la femme que chez l’homme. Surtout si elles ont un grain original, qu’elles ne sont pas trop surexposées (publicité, radio, télévision) et qu’elles sont bien contrôlées.

Les voix médianes

En radio, la voix médiane a un minimum de basse, de chaleur, de grain, de fluidité et de contrôle. Mais on peut souvent entendre sur les ondes des radios dans le monde, des voix « blanches » c’est-à-dire de belles voix mais manquant de puissance et de variation. Difficiles à traiter à la radio, ces voix, dans un discours en public par exemple, provoquent souvent un décrochage auprès de l’assistance. On ne sait vraiment pas pourquoi mais les propos paraissent moins intéressants, voire tristes.

La voix qui tape le plus sur les nerfs de tous les auditeurs qui écoutent la radio dans leur voiture (d’une manière captive à un bon niveau sonore), c’est celle de l’animateur ou du journaliste qui a une mauvaise respiration et qui reprend son souffle à chaque phrase. Il est très rassurant de savoir que les conditions de studio ne permettent pas aux moustiques de s’établir car les accidents d’aspirations dangereuses seraient nombreux.

La respiration

Dès nos premières activités physiques, on nous enseigne l’importance de bien respirer. C’est valable dans tous les sports et dans beaucoup d’autres activités. Les chanteurs, les comédiens et les jongleurs apprennent et s’entraînent à maîtriser leur respiration. De toute évidence certains animateurs n’y arrivent pas. Beaucoup de défauts de la voix peuvent ainsi se corriger. Les chanteurs d’opéra peuvent s’entraîner jusqu’à huit heures par jour. L’exemple de Céline Dion qui ne parlait pas avant un concert et qui pouvait passer des heures, voire des jours, sans utiliser sa voix lorsqu’elle ressentait une fatigue ou un problème de son appareil vocal, démontre l’importance prioritaire accordée à sa voix. Dans une interview diffusée en septembre 1998*, elle décrivait des moyens pour protéger ses cordes vocales, du rire aux éclats qu’elle remplaçait par un rire silencieux et des gestes ainsi que de la nécessité de ne pas combattre le chat dans la gorge d’une manière trop énergique.

Les chanteurs savent qu’en position debout, la zone abdominale est libre et permet une grande expansion du corps. Un chanteur d’opéra ne chante pas souvent assis. La plupart des radios peuvent installer le studio pour que les animateurs puissent travailler debout mais c’est maintenant rarement le cas.

Le contrôle de la voix.

Le manque de contrôle génère aussi la voix accélérée. Beaucoup d’animateurs parlent trop rapidement sans réaliser que plus le débit est rapide, plus le timbre de la voix monte et en affecte la qualité. Cela ne s’applique pas dans certains pays d’Asie ou d’Europe de l’Est par exemple où la rapidité d’exécution est spécifique à la langue.

La voix monotone

La voix au débit lent, souvent triste, qui demande trop d’attention est, hélas, courante à la radio. Aucune attaque, le ton est égal du début à la fin. C’est la voix de quelqu’un qui s’ennuie et qui est ennuyeuse avec une finale en descente comme si on fermait les portes d’un pénitencier. C’est parfois le piège des radios musicales adultes. Le rythme musical lent  s’accompagne d’interventions lentes. Or, c’est un mythe. L’auditeur peut très bien apprécier une vieille balade et s’accommoder du ton naturel et dynamique de l’animateur qui intervient ensuite. Il s’agit de deux registres d’émotion différents.

Le dynamisme de la voix

Peu importe le format de la radio, la tonicité est de mise. C’est une question de rythme et d’équilibre. Être dynamique ne consiste pas à parler fort mais plutôt à transmettre de l’émotion. Cela dépend de l’intonation qui sert à nuancer le sens des mots et des phrases, à dramatiser, à raconter, à attirer l’attention, bref à colorer les interventions. La voix de l’animateur doit voyager comme si elle était sur une portée musicale dans le dessein de procurer des impressions aux auditeurs par rapport au contenu des interventions. Cela dépend aussi du sourire de l’animateur. Pour notre espèce, le sourire est magique. Il est un outil essentiel de communication, un signal universel qui embellit la vie. À l’écoute de la radio on ne peut évidemment pas voir le sourire, mais on peut le percevoir. Qu’il est agréable d’écouter un animateur qui a le sourire dans la voix !

La voix intime

Il y a plusieurs années, un jeune animateur de la matinale d’une radio de Washington fut grièvement blessé lorsqu’un énorme camion heurta sa voiture. Ses nombreuses fractures l’obligèrent à l’hospitalisation pendant plusieurs mois. Son principal passe-temps fut l’écoute de la radio. Plus il l’écouta, plus il constata que la plupart des animateurs parlaient aux auditeurs comme des orateurs en présence d’un public. Lorsqu’il revint en radio comme animateur pigiste, il avait un autre style et parlait à l’antenne comme s’il n’y avait qu’un seul auditeur à l’écoute. Il adopta un timbre naturel comme dans une conversation, sans exagérer les consonantes et sans parler trop fort. Cette technique lui valut une énorme réussite. C’était en 1931, Arthur Godfrey avait 28 ans. Près de 17 ans plus tard, il animait l’émission la plus connue de l’époque avec plus de 40 millions d’auditeurs.

Un demi-siècle s’est écoulé depuis l’époque de Godfrey et les animateurs n’ont plus de raison de s’adresser à nous comme si nous étions rassemblés dans un stade.

D’autres voix à la radio

  • La voix imitée (schizophrène)
  • La voix saccadée (mitraillette)
  • La voix tendue (psychorigide)
  • La voix obséquieuse (têteuse*)
  • La voix hautaine ou pincée (snob)
  • La voix criarde ou enfantine (vieux jeune)
  • La glousseuse (gourmande)
  • La noyée (verre d’eau)
  • L’asséchée (trac)
  • La grimaceuse (citron)
  • La chambre à écho (rétro-techno)
  • La lointaine (microphobe)
  • L’enveloppante (micropathe)
  • La questionneuse (point d’interrogation)
  • La bourrée (dents serrées)
  • La donneuse de leçon (professeur)
  • La précoce (parle avant la fin du disque)
  • L’ambitieuse (en remplacement)
  • La colérique (congédiée)
  • La pompeuse (numéro 1)
  • L’égoïste (je me moi)
  • La machinale (ne sait pas s’arrêter)
  • La mécanique (cours de radio)
  • La vendeuse (vendrait sa mère)
  • La dépressive (peine d’amour)
  • La lectrice (ne sait pas faire autrement)

Bref, il y en a pour tous les goûts qui, comme chacun le sait, sont tous dans la nature !

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