Radio killed the Radio Stars

Dans sa chronique dans La Presse, Hugo Dumas a écrit sur les nombreux courriels qu’il a reçus d’animateurs radio écartés par les vedettes qui règnent de plus en plus dans les radios des grands marchés.

Une série de témoignages démontrent à quel point  il est difficile de durer lorsque l’on n’est pas une star de la télé. On y traite même des  salaires très élevés accordés  bien souvent à des ‘mercenaires sans passion ni fierté’. La conclusion d’Hugo Dumas est assez décourageante pour les jeunes qui seraient attirés par le métier d’animateur radio.
Je ne partage pas ce pessimisme. D’abord parce que la notion de peu d’élus existe tout autant pour les musiciens, chanteurs, écrivains ou peintres. Aucun jeune n’est assuré du succès dans ce genre de carrière et pourtant il y a ici et là des talents émergeants qui posent des étincelles dans le microcosme des vedettes. Et puis les vedettes n’exercent-elles pas les mêmes pressions dans leur milieu respectif. Quelle est la moyenne salariale des artistes au Québec? Nous le savons, pas très élevée. Et pourtant ces métiers précaires continuent de faire rêver. Est-ce bien raisonnable de prendre la radio à part et de lui attribuer la mention NE PAS Y ALLER!
C’est vrai qu’il y a plus de vedettes  de la télé, du cinéma, de l’humour et de la musique sur les ondes radiophoniques. Même les vedettes de la presse imprimée sont omniprésentes dans les formats courts à la radio. J’y vois trois raisons importantes.
D’abord convenons que le monde a changé et que les  auditeurs ont plus d’attentes envers des contenus originaux des personnalités en phase avec leurs centres d’intérêt. Ils déclarent même que cela serait la seule raison d’écoute de la radio si celle-ci perdait son aspect pratique et facile à écouter, qu’elle détient encore loin devant les autres médias dans la voiture par exemple. Et cela, on ne peut pas dire que nous avons aidé nos animatrices et nos animateurs à cheminer dans cette direction lorsque nous étions obsédés par le contrôle de la durée de leurs interventions. Sans tout mettre sur les épaules des dirigeants d’antenne, il faut admettre que la radio a vécu dans une bulle  sans porter vraiment attention à la force des propos et à la mise en scène radiophonique. Nous avons tout simplement créé une génération de bons communicateurs qui maîtrisent plus que quiconque les fondamentaux certes, mais pas aussi à l’aise dans l’évolution de contenus originaux qui stimule le public au point de créer un phénomène radio.
Deuxièmement, la progression de vedettes externes correspond peut-être à la diminution des vedettes radio. J’ai souvenir encore de mes années 80 comme directeur des programmes à CKMF. Paul Houde, Roch Denis, Alain Montpetit, Gilles Payer, Mario Lirette, Douglas Léopold, Stéphan Deval, Guy Aubry, Michel Beaudry étaient d’abord et avant tout des vedettes radio. Pareil chez les concurrents d’alors! C’est de cela dont il s’agit; Vouloir faire de la radio c’est vouloir en devenir une vedette et pas seulement un artisan DJ. Pour le devenir, l’animateur devra en baver, tout comme le jeune chanteur ou écrivain. Et tout est possible, François Pérusse et les Grandes Gueules l’ont bien démontré.
Il y en a moins mais il y en a encore. Mario Lirette et Roch Denis sont toujours en ondes. Paul Arcand, Gilles Parent et autres vedettes radio de ce style, ça existe et ça existera de plus en plus. Dans les radios X par exemple et j’en parle au pluriel parce que l’on sait que la formule CHOI de Québec sera reproduite partout au Québec chez RNC Média, on y trouvera des animateurs qui sont ou seront des vedettes radio avec leur grande gueule qui espérons resteront dans l’esprit du divertissement.
Finalement, pour une radio musicale, la musique avec des quotas de 65% ne suffit plus à se démarquer comme le déclarait André St-Amand le patron de Rythme FM, il faut recruter des vedettes. Faute de vedettes radio, on trouve chez les voisins. Ces vedettes ont tous un point en commun; Leur notoriété fait acte de marketing. C’est pour cela que l’on pose leur visage connu sur des affiches. Avoir Véronique Cloutier à l’antenne c’est aussi accéder à son fan club et à son public qui l’adore. Avoir Patrice L’Écuyer à l’antenne, c’est proposer l’allias enfant chéri de la télé. Avoir François Morency, c’est faire la promo dans les salles de spectacle de ses tournées.
Une fois que l’on a dit tout cela, on ne peut qu’être triste d’apprendre le départ d’un ami qui faisait de la radio depuis 15 ans avec un contrat renouvelable à chaque année. On ne peut que trouver normal la frustration d’une personne qui voit son mandat s’arrêter. Mais on ne peut condamner une personne qui a peut-être gagné durement son titre de vedette privilégiée sans savoir d’ailleurs pour combien de temps. Et on ne peut pas dire à un jeune qui rêve d’exercer un métier précaire qu’il va droit dans le mur. On doit juste le prévenir et l’aider!