Les paradoxes de la radio

Prenons le plus connu. L’animateur réservé ou à la limite de l’introversion qui, une fois le micro ouvert, devient un acrobate de l’audace et du dynamisme. Ces deux aspects sont faciles à cerner. La radio héberge des individus au comportement plus troublant et sans eux, la radio ne serait pas la radio !

Le passionné de la radio par exemple ne constitue pas, contrairement à ce l’on croit, l’actif le plus important d’une station. Un passionné doit paradoxalement faire preuve d’objectivité. Bien sûr, avec leur passion, ils ne perdent jamais d’intérêt pour des tâches difficiles mais, sans objectivité, leur travail peut manquer de qualité ou de crédibilité. C’est ainsi que l’on trouve dans les équipes radio des personnalités intéressantes, justement parce qu’elles sont contradictoires.

Certains peuvent travailler de longues heures avec une grande énergie mais ne sont pas nécessairement des hyperactifs. Ils sont souvent très calmes, détendus. Ils semblent maîtriser leur énergie. Ils considèrent leurs activités suivies de réflexions comme importantes dans la réussite de leur travail. D’autres sont brillants et naïfs, ce qui les maintient curieux et les empêche de s’installer dans leur supériorité mentale. Il y a ceux qui alternent la fantaisie et le sens de la réalité ou la discipline et le plaisir de jouer aux irresponsables.

Le paradoxe déstabilise mais son absence paralyse. Un être conservateur qui ne veut rien changer aux choses ne mène généralement à rien. Ni un rebelle qui veut tout changer. Mais un conservateur rebelle engendre des actes productifs en équilibrant les éléments qui doivent rester ou qui doivent bouger. Une personne trop fière finit par nous taper sur les nerfs, une personne trop humble aussi. En variant les deux opposés selon la situation, le fier humble devient beaucoup plus attirant.

La majorité des gens dissocie les caractéristiques d’une personnalité. C’est soit un, soit l’autre. On est gentil ou méchant, jamais gentil méchant ! Pourtant le paradoxe est une clef essentielle à la création du produit radiophonique. Attention tout n’est pas paradoxe. Celui qui travaille mal et dure, c’est un drame. Celui qui déroge à toute règle et qui réussit, c’est une chance !

Et puis, tous les paradoxes observés à la radio ne sont pas souhaitables. Particulièrement ceux qui sont reliés aux auditeurs. Sachant que le cerveau humain aime la simplicité, pourquoi autant de séquences qui prennent la tête sont-elles diffusées à l’antenne ? Sachant que les auditeurs aiment bien rigoler, pourquoi sommes-nous généralement si sérieux ? Pourquoi consacrons-nous autant d’énergie à concevoir des ingrédients situés en fin de liste des attentes et critères de satisfaction des gens ?

Parce que la radio est un média simple à fabriquer et que les gens de la radio ne peuvent pas s’empêcher de compliquer les choses, voilà pourquoi. C’est ce que je viens de faire et que nous faisons tous. C’est notre plus grand paradoxe !