L’âge et la créativité

En vieillissant, les adultes perdent généralement leurs illusions, leurs rêves et leurs aspirations. Leur passion pour la vie cède parfois la place à un pessimisme désolant. Nombre d’entre eux abandonnent leur gaîté, leur sens de l’humour et leurs capacités imaginantes au profit de la routine. Car c’est bien la routine qui neutralise la productivité créative. Même le malheur inspire de grandes chansons de blues, des romans et œuvres d’art reconnus. Giacometti était malheureux mais il est resté créatif jusqu’à la fin de ses jours.

Nombreux sont ceux qui croient que la créativité de la vingtaine et de la trentaine est la plus spectaculaire. Les exemples ne manquent pas. Giacchino Rossini a composé 39 opéras avant d’atteindre l’âge de 37 ans. Au tout début, il a mis trois jours pour composer le Barbier de Séville. Guillaume Tell, son dernier lui a demandé un an de travail. Il a ensuite vécu jusqu’à 76 ans sans vraiment composé quoi que ce soit de comparable. Personne n’explique cette léthargie.

Dans les domaines contemporains, la période située entre 20 et 40 ans constitue la fenêtre d’une prodigieuse créativité. Éducation, environnement et caractéristiques évoquées dans mon abécédaire semblent porter fruit aux créatifs qui évoluent dans un média. Cela nous paraît à tous naturel de constater l’effervescente production des jeunes sorciers, des nouveaux talents de la peinture, de la musique, de la radio, de la télévision, du multimédia et de la publicité.

Le problème réside dans le fait qu’en vieillissant, ces créatifs deviendront pour une bonne partie moins créatifs. Sécheresse de la production originale ou inertie artistique, les symptômes sont connus.

Normal disent les uns, Mozart, Chopin, Rimbaud, Baudelaire et Van Gogh ont produits leurs chefs-d’œuvre avant la quarantaine. Erreur disent les autres, Michel-Ange avait 71 ans lorsqu’il a peint la Chapelle Sixtine et Beethoven a composé la 9ième symphonie dans la cinquantaine avancée.

Est-ce que la carrière créative de certains individus arrive simplement à sa fin comme nous le prétendons parfois au sujet de chanteurs populaires ? La motivation intrinsèque, véritable moteur de la créativité, s’est-elle évanouie dans l’océan des impératifs de la vie quotidienne au travail ? Cette promotion a-t-elle transformé leur rôle à ce point qu’ils sont trop mobilisés par des tâches administratives pour accorder le temps nécessaire à leurs mécanismes de créativité ? La routine engendre-t-elle la facilité ?

L’observation révèle que seul un changement décisif peut revitaliser les capacités créatives et cela n’a rien à voir avec l’âge. Il s’agit plus d’un cycle dont la durée selon certains, atteint 9, 10 ou 11 ans. Jeune, il peut être plus court. On pourra mieux le définir plus tard. Le cycle créatif n’est pas une règle mais une expérience partagée. Un jour ou l’autre, nous atteignons la fin d’un cycle. Cette fin engendre des signes que nous devons interpréter. Nous sommes devenus moins créatifs et ce n’est pas la faute à quiconque d’autre. Cette baisse s’associe généralement avec un comportement distrait, primesautier, démotivé, introverti et j’en passe ! Une seule solution, décider de changer !

Partir ou rester, changer de fonction ou d’entreprise, changer de ville ou de vie, changer de métier ou de projet. Peu importe l’âge, décider de changer !

Lorsque la créativité disparaît, le statu quo ne fait que l’enfouir davantage. Dans un nouvel environnement d’une motivation retrouvée, la créativité réapparaît !

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