Les obstacles qu’affrontent les animatrices et les animateurs radio

Un individu à qui l’on demande d’animer une matinale et qui devra se lever à 3h du matin, subit une grande transformation de son mode de vie. Refuser cette offre parce que l’on n’est pas du matin constitue une raison valable. Malheureusement la matinale restera un enjeu de la radio du futur C’est donc une véritable décision de carrière d’accepter ou de refuser. Les animateurs demandent fréquemment une mutation d’horaire. Les raisons sont sensiblement toujours les mêmes.

  • Par ambition, on veut passer du W.E. à la semaine afin d’y exercer un rôle généralement plus important et plus rémunérateur.
  • Par fatigue physiologique, question de santé et l’on doit en tenir compte.
  • Par désir de se rapprocher de sa famille, tel le cas de ceux qui animent en soirée ou en fin de soirée. Imaginez la situation : lorsque l’animateur travaille en soirée, sa vie familiale est chamboulée et sa vie sociale limitée.
  • Il n’assiste jamais aux spectacles dont il parle à l’antenne.
  • Combien nous parlent d’un enfant qui grandit sans eux ? On ne peut rester insensible à cela.

On choisit ce métier ou ce métier nous choisit. Chacun en découvre rapidement les contraintes. Comme dans toute vie professionnelle, le choix d’arrêter ou de changer de métier s’avère une option possible.

Un animateur qui a peine à animer en soirée devrait s’arrêter avant qu’il ne soit trop tard. J’ajoute qu’un comédien en début de carrière, qui refuse un rôle au théâtre tous les soirs à travers le pays, parce qu’il ne veut pas s’éloigner des siens, doit arrêter. Il a le choix, il doit surtout s’en prévaloir. Il n’y a rien d’honteux à changer de carrière pour favoriser sa qualité de vie. Mais dans ce genre de situation, le choix ne revient pas au directeur des programmes d’une radio ou du metteur en scène d’une pièce de théâtre.

Cela dit, un animateur peut éventuellement changer de fonction à l’intérieur de la radio. Plusieurs spécialistes de la gestion, de la musique, de la production ou de la promotion, ont jadis été animateurs.

Pourquoi certains animateurs abandonnent-ils?

Ils n’ont plus d’idées.

Même les plus grands créatifs se demandent régulièrement si les idées viendront à leur faire défaut. Il s’avère que c’est une question stimulante parce que la pensée de pouvoir perdre sa capacité à générer des idées engage à se remettre en marche dans le processus de créativité. Pour être créatif, il faut prendre conscience du processus et développer une habitude méthodique à créer mais les résultats dépendent beaucoup de la motivation. Chez l’animateur qui n’a plus d’idées, c’est souvent le manque de motivation qui est à la source du problème. Si la situation ne change pas, c’est l’abandon en perspective.

Ils n’adhèrent plus à l’orientation de leur radio.

Cela arrive. Si on n’adhère plus ou pas à l’orientation et à l’évolution de son entreprise par conviction profonde, le seul choix véritable est de quitter cette entreprise et cela exige un très grand courage. Mais la vie n’est pas si simple. On ne peut pas quitter parce qu’il faut bien gagner sa vie et que les alternatives ne sont pas fréquentes. Faire un travail auquel on ne croit pas c’est aller droit dans le mur. Je crois personnellement que la non-adhésion est souvent liée à deux facteurs. D’abord, on n’adhère pas à l’orientation parce qu’on ne la comprend pas bien (elle est incomprise lorsqu’elle est floue ou absente). D’autre part, il peut s’agir d’un problème de conviction. On déteste tel genre de musique par exemple, alors on déteste tout le projet ! Des animateurs âgés de 25 ans à qui l’on demande de parler à des auditeurs de 40 ans, c’est normal que cela les interpelle. Un animateur est un animateur et cela ne devrait pas poser de problème. On revient encore aux notions de confiance et de motivation. Si elles sont inexistantes, il y aura abandon.

Ils aimeraient faire un autre métier.

En 1997, au cours d’une convention d’animateurs, un jeune homme a pris la parole pour nous annoncer qu’il abandonnait son poste pour dorénavant agir à titre de maître de cérémonie de soirées et d’événements divers. Il s’est dirigé vers la sortie, nous a jeté un dernier regard et a quitté la salle de réunion. Nous ne l’avons jamais revu. Changer de métier est un acte courageux, ce qui l’est moins, c’est d’y rêver et de ne rien faire.

Ils n’ont aucun projet personnel.

Certains animateurs sont mariés avec leur radio. Les esprits conservateurs trouvent cela très bien. Comme si la dépendance envers ce seul univers pouvait être utile. J’y suis opposé. D’abord parce que vivre dans une bulle ne génère pas d’innovation réelle. Ensuite que cette façon de vivre peut éventuellement ne pas répondre à toutes les aspirations personnelles. On peut très bien avoir des projets personnels et être totalement dévoué à ses tâches professionnelles. Le travail n’est pas une religion, c’est une forme d’épanouissement qui complète la vie personnelle. Le sens de la rupture après le travail mène à l’équilibre. Un jour ou l’autre l’animateur qui n’a d’existence qu’à la radio et pour la radio deviendra frustré et désespéré. Il ne faut pas confondre cette notion avec la passion que l’on peut éprouver pour la radio

Ils se laissent vampiriser par les insatisfaits.

Les éternels insatisfaits habitent la même planète que les animateurs. Leur colonisation est amorcée depuis fort longtemps. Ils sont redoutablement efficaces. Ce ne sont pas des individus solitaires et introvertis. Bien au contraire, ils sont articulés, amusants et parfois très convaincants. Leur principe de base repose sur le fait qu’il y a toujours un mauvais côté des choses, une mauvaise intention quelque part ou un problème qui doit surgir dans toute situation. Ils commencent leurs phrases par « oui mais! » Comme ils déploient beaucoup d’énergie pour entretenir leur état d’esprit, ils pompent l’énergie de leur entourage. Les animateurs n’échappent pas à leur manoeuvre. Certains malheureusement perdent d’une part leur énergie et d’autre part se transforment lentement en éternels insatisfaits et ainsi contribuent à l’augmentation de la colonie des pessimistes qui ont peut-être raison mais qui à long terme n’auront pas autant de plaisir que les optimistes pendant leur carrière.

Ils se plaignent d’un manque d’attention des gens de leur radio.

C’est la plus grande revendication de tous les animateurs du monde entier. Sans essayer de justifier l’évolution du rôle de directeur des programmes vers une augmentation des tâches administratives, ni le fait que certains d’entre eux se lassent de répéter les mêmes choses à un animateur, il me paraît évident que face à ce problème ou à cette réalité, l’animateur doit acquérir une autonomie qui lui permet d’évoluer.

Ils sont inquiets pour leur avenir.

Ils ont raison d’être inquiets. Il n’y a rien de facile dans ce métier. Il s’agit d’un emploi où il n’est pas facile de voir à long terme. Les décisions concernant ces cachetiers sont malheureusement souvent arbitraires. L’inquiétude est pour l’artiste une force qui le pousse à se remettre en question. Le danger survient lorsque l’inquiétude n’est pas compensée par l’action.

Ils aimeraient accéder à un poste dans la gestion de la radio.

Si ce changement est alimenté par une réelle envie, c’est formidable ! Si c’est par désespoir, c’est moins formidable ! Le tout réside dans la capacité d’avoir ou non un regard global sur la radio et dans le sens de l’adaptation. Celui qui veut tout changer à la lumière de sa seule opinion est rapidement détecté. Celui qui veut enrichir le projet est mieux accueilli. Personnellement j’ai vu plus de réussites que d’échecs auprès de ceux qui ont essayé. Parmi ceux qui souhaitaient essayer mais qui ne l’ont jamais fait, se trouvent quelques « abandonnistes* ».

Ils n’écoutent pas leur radio.

Un animateur qui n’écoute pas sa radio est soit aspiré par sa seule émission comme précédemment décrit ou soit a baissé les bras pour ne pas dire les oreilles. Cela ne l’intéresse plus, tout simplement !

Ils n’aiment pas la ville où ils habitent.

Personne ne peut résoudre ce problème pour eux. À chacun son échelle de valeurs et de priorités. Il n’est pas facile de voyager tous les vendredi soir et lundi matin pour retrouver son port d’attache. On n’est vraiment jamais installé ni en contact le week-end dans la ville où l’on travaille.

Ils aimeraient faire autre chose, mais ne savent pas quoi.

La radio n’échappe pas à ce principe souvent constaté. Comme dans toute entreprise, il y a toujours des individus qui par un beau jour ennuagé déclarent à leur patron qu’ils sont dorénavant prêts à réaliser une autre activité. Cette déclaration est à première vue positive et dynamique. Cependant, dans la majorité des cas, lorsqu’on leur demande la teneur de l’activité qu’ils souhaiteraient exécuter, et bien, ils ne le savent pas. Dans leur esprit, c’est au patron de répondre à cette question, normal, il connaît en principe tous les aspects de l’organisation. Or, voilà le hic. Vouloir accéder à une autre activité, sans savoir laquelle est une étrange déclaration. Elle est une démonstration de deux signes qui ne trompent pas. Le premier est que le désir d’arrêter ses activités révèle que l’on est malheureux, et ce pour toutes sortes de raisons qui varient entre la motivation, l’environnement ou le gain. Ce n’est pas l’ambition ou le dynamisme puisque l’on ne sait pas quoi faire d’autre. L’autre signe démontre une méconnaissance flagrante du fonctionnement des autres services et l’absence de regard global qui pourrait fournir des problématiques à régler ou des opportunités que personne n’a identifiées.

Ils estiment être sous-exploités.

Il s’agit ici d’un état qui est rarement révélé par la personne concernée. C’est en effet davantage une personne de son entourage qui le fera savoir et c’est normal que cela se passe ainsi. Il ne faut pas généraliser, mais il se trouve que la catégorie « sous-exploitée » correspond souvent aux personnalités introverties.

Ils commettent des erreurs à l’antenne.

Commettre des erreurs à l’antenne est une forme d’apprentissage. Encore faut-il que ce ne soient pas toujours les mêmes ! Dans ce cas, la désinvolture est un signe.

Ils plaident l’injustice à leur égard.

Ils trouvent injuste le traitement privilégié de certains autres animateurs. Il est vrai que les radios gèrent leur opération par priorité !

Ils se réjouissent quand leur radio perd des auditeurs et s’attristent d’une augmentation.

Cela arrive occasionnellement. L’attitude est progressive. Au début ils sont élogieux à l’égard d’une opération d’un concurrent. Puis ils en viennent à prédire d’avance les désastres et les erreurs de leur radio. C’est plus qu’un problème de non-adhésion c’est une rancœur qui s’est développée. La rancœur de l’individu qui aurait dû quitter et qui est toujours là.

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