Une belle histoire radio, CKFC, FC comme dans Fernand Corbeil

Fernand Corbeil

Fernand Corbeil a débuté sa carrière radiophonique dans différents postes de la province. Il s’est surtout fait connaître à Victoriaville, où il a travaillé à CFDA, de 1966 à 1972, et de 1977 à 1997.Véritable «verbomoteur», l’animateur a eu l’occasion de rencontrer les plus grands ténors de la chanson française : Gilles Vigneault, Charles Aznavour, Gilbert Bécaud et plusieurs autres. De cette époque, il conserve de précieux souvenirs. Comme tous les animateurs radio qui durent, sa vie est riche en activités et en expériences.

Son collègue de travail, Jean-François Nolin, se rappelle très bien de ces années. «Tout le monde appréciait Fernand. Les artistes ne se faisaient pas prier pour participer à son émission. Il a toujours été quelqu’un d’authentique et de vrai. Il savait mettre à l’aise ses invités par son sens de l’autodérision.»

En 1997, l’âge de la retraite radio venu, Fernand Corbeil revient à Montréal, sa ville natale. Quelques mois après son déménagement, il est  frappé par la foudre dans son salon, ce qui provoque un accident vasculaire cérébral. Le rétablissement est long, très long mais cela personne ne le sait et les années passent.

Sachant qu’il doit se rendre à Montréal pour accompagner un ami à l’aéroport, Jean-François Nolin décide de revoir Fernand Corbeil. Il ne sait rien de l’accident, de histoire de l’animateur chevronné qu’il admirait et qui a quitté un jour la station CFDA. Près de 10 années se sont écoulées.
Les renseignements qu’il obtient le conduisent au Centre de santé et de services sociaux Lucille-Teasdale, pavillon J. Henri Charbonneau dans l’est de Montréal. L’établissement héberge des personnes en perte d’autonomie. Lorsqu’il entre dans la minuscule chambre 405, il aperçoit un homme très corpulent assis sur une chaise roulante regardant passivement la télévision.

Jean-François Nolin s’approche doucement et dit : Bonjour monsieur Corbeil. Fernand Corbeil se retourne, le regarde l’air étonné. Il ne sait pas qui il est. Il faudra évoquer plusieurs souvenirs pour qu’il puisse enfin faire le lien. En découvrant sa terrible histoire, Jean-François Nolin ne peut s’empêcher de penser à l’homme qu’il a connu jadis, dynamique, enjoué, blagueur et toujours dans les mondanités. Touché par la situation de Fernand Corbeil, il lui demande alors si quelque chose peut le rendre heureux. L’ex animateur lui répond : Faire de la radio!

Aussitôt rentré chez lui, Jean-François Nolin se met en quête de trouver du matériel technique pour répondre au souhait de Fernand Corbeil. De retour à la chambre 405, il lui installe le tout sur sa commode et lui dit : Maintenant monsieur Corbeil, vous pouvez faire de la radio. Très ému, le vieil animateur essaie de parler au micro mais les premiers essais ne sont pas concluants, les mots n’arrivent pas! Mais il n’abandonne pas et après quelques moments, Jean-François Nolin entend avec bonheur une partie de l’animateur au micro agile qu’il a connu à Victoriaville.

Patrick Campbel, le récréologue de l’établissement est emballé par le mini studio du pensionnaire animateur et propose à la direction d’installer un vrai studio afin que les émissions soient entendues dans tout l’établissement. Sa demande est accordée et on trouve un beau local pour répondre aux besoins techniques. Stimulé au plus haut point et aidé par de nombreux amis, Jean-François Nolin rassemble tous les équipements nécessaires pour le studio de CKFC.

Le lancement de CKFC a lieu quelques mois plus tard et les résidants du CHSLD Lucille-Teasdale peuvent syntoniser le 107,7 FM pour capter CKFC, soit la radio CK Fernand Corbeil! Au programme, des chroniques, des entrevues, mais surtout de la musique. Le but étant d’enjoliver, sans prétention, la vie des résidants du CHSLD. Selon Jean-François Nolin, Monsieur Corbeil a retrouvé à quelques exceptions près, toute sa verve et son dynamisme d’antan.

Cette histoire m’a été racontée par Jean-François Nolin que je salue ici pour sa grande générosité. Malheureusement depuis la rédaction de cet article, Fernand Corbeil est décédé.