Le courage de l’artiste radio

Terre de Hommes, Ile Notre Dame, 1968, sur le site où une année auparavant l’Exposition Universelle de Montréal accueillait des millions de visiteurs du monde entier. Sous un chapiteau se tenait un spectacle de Jean-Pierre Ferland. Nous étions tous là pour l’entendre mais chose courante à l’époque, les organisateurs nous offrirent une première partie. Musique légèrement rock, paroles inspirées du langage populaire, un duo tenta de s’imposer malgré l’impatience qui gagna rapidement le public. Pourtant le style était nouveau, étonnant. Le public scandait en rafale Ferland, Ferland. Robert Charlebois et Louise Forestier sortirent de scène déçus. Comme chacun le sait, la suite a été plus heureuse pour eux.

Nombre d’artistes ont connu une séquence du même genre. Dans ses premiers concerts, Bob Dylan a été hué et bien avant lui Debussy et Wagner.Avoir du courage, c’est avoir de la conviction, être convaincu de ses idées et de ses habiletés, c’est continuer. Robert Charlebois et Bob Dylan ont continué tout comme ces nombreux artistes que nous admirons chaque soir de spectacle. Notre plus grande faiblesse est l’abandon. Le moyen le plus sûr de réussir est d’essayer une autre fois disait Thomas Edison. Beaucoup de personnes talentueuses ont échoué parce qu’elles n’ont pas su risquer.

« Le courage n’est pas une vertu ou une valeur parmi d’autres valeurs personnelles comme l’amour ou la fidélité. C’est la fondation qui donne une réalité à toutes les autres vertus et valeurs personnelles. Sans le courage, notre amour se réduit à une dépendance. Sans le courage, notre fidélité devient conformiste. » Voilà comment Rollo May décrit le courage dans (The Courage to Create).
Dans plusieurs cas, le courage naît dans la cellule familiale. Les Flaubert destinait Gustave au droit, les Monet destinait Claude au commerce familial. Le père de Marcel Proust souhaitait un métier plus respectable pour son fils. Nombre de futurs artistes font encore face à un comportement similaire de nos jours.
Un artiste doit être courageux, avec la force derrière ses nouvelles idées, ses nouvelles combinaisons, ses nouvelles techniques qui émergent. Beaucoup de nouvelles idées sont accueillies comme étant ridicules, quel que soit le domaine de création. En animation radio, la nouveauté passe d’abord par un nouveau style. Forcément hors norme, l’animateur affrontera sans cesse des réactions négatives et devra combattre une forte tradition. Là naît une caractéristique paradoxale du courage.
Il s’agit d’une contradiction qui consiste à être à la fois totalement impliqués et au fait que nous pouvons avoir tort. La conviction et le doute sont les caractéristiques du plus haut type de courage. Les gens qui proclament être convaincus de détenir la vérité ne sont pas des modèles à suivre. L’animateur, le plus talentueux soit-il, qui ne doute jamais, qui ne se remet pas en question tous les matins comme l’affirment la majorité des artistes, ne fait pas partie du club des courageux.
La prise de risque

Le plus beau signe du courage est la prise de risque. Au-delà de toute visibilité, du confort conformiste, certains sont prêts à risquer leur emploi, leur réputation, leur argent pour atteindre un but qu’ils se sont fixé. Ils sont déterminés à affronter l’inconnu et la critique. Pour l’animateur radio, sortir ses idées créatives de son studio et les envoyer dans le monde pour être jugées est une proposition inquiétante. Beaucoup d’entre nous avons peur d’exposer nos idées en public parce que nous avons la sensation d’être nus. L’animateur doit prendre ce risque, cela seulement, si beaucoup d’efforts dans sa création ont été déployés.

La dépendance au confort fait dorénavant partie des attributs de notre société et renforce la résistance historique aux projets risqués. Copernic, Galilée, Colomb, Magellan, Darwin, Einstein, tous ont poursuivi leur but malgré tout.

Quoi de plus désagréable que de constater l’existence d’une nouveauté que nous avions imaginée bien avant. Nous y avions pensé, d’autres l’ont fait ! Peut-être que nous manquions de détermination ou que l’opinion de notre entourage a réussi à nous décourager. Étrangement, ce sont ceux qui nous aiment qui nous découragent le mieux. Quoi de plus normal que notre entourage nous empêche de prendre le risque de perdre de l’acquis !

Pour prendre des risques, il vaut mieux développer une tolérance à l’ambiguité, au doute et même au chaos. Quant au courage, il se développe dans la rationalisation de la peur des désaprobations et des sarcasmes et doit évoluer dans une culture de confrontation.

Le courage créatif

Le plus important auprès des animateurs artistes, le courage créatif les mène à la découverte de nouvelles formes de communication, de symboles, de structures et de concepts. Indispensable, le courage désactive les freins qui enrayent leur processus créatif.

Le courage, tout court

Louis Pasteur a poursuivi ses travaux sur les vaccins malgré la perte de ses trois filles et Michel-Ange a peint la Chapelle Sixtine malgré la douleur qui l’accablait. Beethoven a continué à composer malgré sa surdité. L’histoire est riche d’exemples.