L’autodiscipline des pros de la radio

Toutes les actions d’antenne convergent vers un studio où les composantes enregistrées et l’animation s’enchaînent sans arrêt. Lorsque le fluide circule normalement, l’activité de la radio semble laisser croire que l’unité de diffusion est sans importance. Il suffit qu’un animateur commette une erreur à l’antenne et c’est l’inondation! Les conséquences sont variables d’une radio à l’autre : un directeur des programmes qui s’énerve dans les couloirs en direction du studio ou toute l’équipe qui réagit comme une colonie de fourmils dont la sortie principale de leur galerie a été obstruée par un chien qui passait par là!

Trop d’erreurs commises par les animateurs sont la conséquence d’un manque de discipline. Écoutez la radio dans n’importe quel pays de notre planète et vous entendrez des aberrations, des bévues, des fautes de toutes sortes, liées au manque de préparation, à la distraction et à la désinvolture.

Le métier d’animateur est-il par définition anti-discipline? La discipline et la créativité ne sont-elles pas en opposition? Ne faut-il pas briser les règles pour innover? Oui, alors distinguons deux formes de discipline que les professionnels mettent une bonne partie de leur vie à apprendre:

Les règles du jeu et la discipline 

Le produit radio est comme chacun le sait, réalisé selon des règles de fabrication. Techniques pour la plupart, ces règles sont transmises aux débutants qui les respectent à la mesure de leur talent et de leur volonté. Dans l’application de ces règles, domine la notion d’autorité détenue par les responsables d’antenne. Mais pour le bien de la radio du futur, une réflexion sur la description de cette autorité me paraît indispensable. Depuis quelques années, le rôle des responsables d’antenne tend de plus en plus vers le contrôle absolu. Or les animateurs, même les plus expérimentés, risquent de devenir prisonniers d’un système basé sur le réflexe conditionné.

Fondées sur l’instruction, la critique subjective, la récompense et la punition, les relations entre les animateurs et les responsables d’antenne deviennent un beau gâchis. L’évolution de l’animateur dépend ainsi du degré de surveillance, de la peur des remontrances et de l’attente des félicitations. Or la principale revendication des animateurs, dans le monde, est le manque de relations avec leurs responsables d’antenne. Il est maintenant vrai que les responsabilités de ces directeurs se sont élargies et que leur emploi du temps ne se gère plus avec la même hiérarchie des priorités que jadis.

Tous les problèmes naturels dans un mode de discipline traditionnelle engendrent des impasses qui ne servent pas les animateurs. Les jeux de cache-cache intellectuel ne sont qu’une perte de temps dans un contexte mécanique et seraient davantage utiles dans un processus de créativité si attendu. En d’autres termes, souhaitons que les animateurs agissent comme des professionnels qui ont intégré et respectent les règles de base pour accéder au niveau supérieur de leur métier. De cette façon, la radio pourrait donner naissance à une nouvelle génération d’animateurs performants et de directeurs des programmes moins obsédés par le contrôle ou moins lassés par des relations à saveur redondante. Ces derniers pourraient d’ailleurs explorer et partager plus de créativité, mieux manoeuvrer l’art de la mise en scène et devenir de meilleurs pédagogues dans le maniement des nouvelles idées.

L’autodiscipline

De l’avis des animateurs professionnels, l’autodiscipline contribue à leur liberté, à leur développement créatif et à leur productivité. Étonnamment, beaucoup déclarent être paresseux et n’ayant pas plus de discipline que les autres. Cependant, ils ont développé des habitudes qui leur permettent d’accomplir des tâches avec maîtrise. La force des habitudes ne s’acquière selon eux, que par une profonde autonomie. Le professionnel est un individu qui compte d’abord et avant tout sur lui-même. Sensible comme tous à la critique et aux manifestations qui atteignent son ego, il est pourtant lucide sur les moyens et les efforts qu’il doit déployer pour atteindre ses buts. Au-delà de cette vision, on observe des caractéristiques de comportement spécifiques:

    • Ils ont une motivation intrinsèque. Ils ne fonctionnent pas avec la carotte et le bâton.
    • Ils n’attendent pas très longtemps après les autres et prennent l’initiative.
    • Ils ont en main leur horaire et gèrent leur temps selon leurs priorités.
    • Ils connaissent leurs forces, leurs faiblesses, leurs meilleures pointes de concentration et cycles d’énergie.
    • Ils prennent le temps de réfléchir et de se relaxer.
    • Ils savent ce qu’ils aiment faire ou pas.

Ce dernier point est fondamental dans le développement des habitudes. Il semblerait en effet que ceux qui profitent de la force des habitudes ont un jour compris qu’ils devaient faire plus ce qu’ils aimaient et moins ce qu’ils n’aimaient pas ! C’est donc par une connaissance d’eux-mêmes et des décisions appropriées que cela a démarré. Ce constat est à la fois une évidence et un défi pour les animateurs artisans qui n’ont pas encore aperçu cette porte.