TEMPS COUVERT POUR LES INTELLOS
- Par Lio Kiefer
- Publié 19/02/2009
Lio Kiefer
Depuis une vingtaine d’années, Lio Kiefer joue le radioteur avec une spécialité ; le voyage dans tous ses états…
Journaliste au Devoir et dans différentes publications au Québec et en Europe ainsi que chroniqueur et réalisateur de capsules voyages pour la TV, il est un électron libre qui pose des regards subjectifs sur ce qui l’entoure…
Cela fait une décennie que le courant s’est accentué.
Je veux dire par là que les intellos ou simili ont à se tenir les fesses serrées.
Je veux dire par là que d’être intello ou simili sont synonyme par les temps qui marchent, d’emmerdement collectif, de repoussoir à neurones de masse.
Cela se voit dans la vie de tous les jours
Cela s’entend à la radio…
Cela se voit à
Mais c’est de la radio que mon propos s’agite.
En pitonnant à l’excès tous les morning de Montréal, les animateurs ou animatrices réservées à cet ingrat labeur de réveiller le plus de foule de bonne humeur, se font le plus souvent les apôtres de la raillerie en éructant des mots un peu plus compliqués, des verbes un peu trop conjugués, des adverbes à l’emporte pièce. On fuit le plus que parfait, le futur antérieur est une bibitte à éviter, tandis que l’interjection difficile reste un sport buccal extrême.
Le rire vient alors assez vite en studio pour ridiculiser un subjonctif et sublimer une forme d’autisme matinal…
On s’esclaffe, on raconte les nouvelles ou on commente un spectacle ou un livre, comme son voisin, sa cousine, son amant… qui sont tous un peu plus déliés que le lapin, la grenouille et l’achigan à grande bouche.
Je me souviens qu’il y a une dizaine d’années, lorsque je fréquentais quotidiennement les allées du Rock Détente, deux sbires de la culture de masse et passagèrement chefs et sous chefs du 107,3 m’avaient demandé et conseillé vivement de parler des vraies affaires pour le vrai monde. Ces phrases souvent répétées pour expliquer la nonchalance verbale ou le chaos cérébral m’ont toujours fait répondre qu’il y sans doute des fausses affaires pour du faux monde. Attention danger !! Si on soulevait par mégarde l’indice de compréhension de quelques microns, on pourrait se retrouver devant un mur de lamentations (aucun rapport avec Israël).
Allons donc !!
Il faut pourtant que j’avoue quelque chose ; j’ai aidé à ce que je fustige.
J’ai même à un moment partager le micro avec une charmante blonde qui avait un des plus poumons et une des plus belles dentitions de la profession. En chroniquant sur la destination Provence je l’embarquais sur un mas de provence, habitat local généralement tout de blanc vêtu. Au moment de prononcer ces quelques mots, j’ai senti que la madonne aux mains un peu gauches me regardait tel le veau sans le persil dans le nez mais avec une sorte d’errance dans le regard propre à cet animal.
Pour ne pas planter la vedette aux pieds sensibles, je l’ai récupérée en lui promettant de faire une visite plus courte de mon mas… Elle esquissa un sourire, pensant que je faisais allusion à mon mât, sorte de dernier refuge de la communication tous azimuts. J’avais dit les vraies affaires…. Et le vrai monde appela… pour dire que je poussais le règne de la braguette un peu loin. Elle avait réagi comme ma voisine, mais ma voisine ne faisait et ne fait toujours pas de radio.
Depuis que j’ai quitté ce boulevard de
Depuis peu, je me promène régulièrement sur des partances via le micro d’Isabelle Maréchal sur le 98,5. Elle est blonde, des poumons, une dentition, des mains agiles et des pieds sensibles, mais a un avantage certain sur la précédente nommée ci-dessus : elle ose employer des subjonctifs et des participe présents ou passés, cela devient si rare…
Faire figure d’intello devient même l’objet de cibles tous azimuts, quand on observe les procès d’intention (sous forme de rires gras et polluants) qu’on administre en ce moment à Richard Martineau. Pour ne pas être dans le sens du troupeau, pour faire des citations empruntées à un auteur qui ne figure pas dans le souvenir collectif, celui qui dit je me souviens en abaissant le sens de la mémoire.
Je finirais par une phrase de Nietzche (philosophe allemand qui avait des hauts le cœur quand il courtisait sa voisine) et qui disait : C’est avec envie qu’elle dépeçait avec sa langue les mots…. Elle avait trouvé dans ce langage parfaitement établi, le sens des valeurs coquines mais oh combien déchiffrables….
Je vous ai eu…. Ce n’est même pas de Nietzche….