Du côté de chez Fun

 

 

Fonction sociale! Rôle citoyen! Beaucoup de grands mots et de beaux concepts pour justifier la libre antenne trash. Mais que de dérives ne commet-on pas en son nom! Et que de belles âmes feignent de n’y voir que du bleu... ou pratiquent la politique de l’autruche. Une attitude que se refuse la sociologue Monique Dagnaud. Pour elle, « la société politique [...] ne veut pas aller à l’encontre d’une dynamique de masse. La société civile se trouve dans la même situation. Les associations féministes, par exemple, semblent bien discrètes dans cette affaire. Une partie des adolescents ont du mal à s’identifier [...]. Les radios s’appuient sur ce phénomène en se faisant passer pour les assistants sociaux d’une jeunesse en désarroi. Par ailleurs, on se soucie de limage de la femme et de la violence des “tournantes”. Mais on ne se demande pas s’il n’y aurait pas un lien dans tout cela. Nous sommes en pleine schizophrénie et notre société semble  s’accommoder d’un cynisme enjoué. »

 

Schizophrénie, cynisme enjoué, dynamisme de masse, sûrement. Mais d’autres facteurs, bien plus prosaïques, ont fortement contribué à l’émergence du trash. Dans son mémoire universitaire, Christophe Deleu résume on ne peut plus sobrement le phénomène de surenchère qui, au pivot des années 1980-1990, accéléra la propagation du trash à la française: « Skyrock et NRJ, les deux concurrentes directes de Fun Radio — qui diffusent toutes deux de la musique visant un public jeune — voient aussitôt leur audience s’effriter. NRJ et Skyrock se lancent elles aussi dans la libre antenne pour séduire les jeunes auditeurs. NRJ crée Génération X, forum destiné à la jeunesse, tandis que Skyrock engage Tabata Cash, ex-actrice de films pornographiques, pour lutter contre le docteur Doc de Fun Radio. Elle échoue. Ses propos outranciers choquent, son ton distant repousse les auditeurs. Génération X ne parvient pas plus à séduire les auditeurs de NRJ. La radio choisit de rester une radio musicale. Quant à Skyrock, elle programme une émission présentée par Maurice, qui a la particularité de zapper de l’antenne les auditeurs qu’il juge ennuyeux. Skyrock a choisi la provocation et la dérision. Une autre émission de Skyrock traduit l’esprit de la station jeune, L’Espion, dans laquelle un auditeur est invité à réaliser un enregistrement pirate pour une diffusion éventuelle en février 1999, un élève est renvoyé de son lycée pour avoir ainsi fait parvenir à la radio l’enregistrement d’un cours. »