Les formules qui excluent l'auditeur

Voici un sujet sur lequel les auditeurs n'hésitent pas à se prononcer. Cela ressort à chaque enquête sur l'animation radio. C'est clair, ils n'aiment pas être exclus. On entend parfois, et ce depuis fort longtemps, des animateurs qui rient sans raison, c'est du moins notre perception. Ou bien c'est une manie de débutant pour partager sa bonne humeur ou bien il s'est déroulé quelque chose de drôle en studio sans que l'on ne prenne la peine de nous expliquer. La pire situation se produit lorsque deux animateurs se parlent à l'antenne. Ils savent un tas de choses l'un sur l'autre que nous ne connaissons pas et ils en profitent à fond. On ne peut comprendre tout ce qu'ils racontent parce que leur complicité dépend de faits qui nous sont inconnus. C'est aussi frustrant que de se retrouver à un dîner entre des scientifiques en physique nucléaire qui racontent une anecdote de laboratoire.

La formule de l'acquis

On constate fréquemment sur les antennes radio que les animateurs croient que nous écoutons leur émission du début à la fin, surtout ceux qui font également de la télévision. C'est surtout valable lors d'un dialogue, d'une interview, d'un jeu en deux séquences par exemple. C'est tellement agréable d'entendre : « Si vous venez de vous joindre à nous, nous sommes en compagnie de ». L'impression est nette, on tient compte de ceux qui viennent de se mettre à l'écoute. Les animateurs qui nomment leurs collègues animateurs par le prénom prennent pour acquis que nous connaissons leurs noms. Les auditeurs ne connaissent généralement pas le titre des émissions, le principe des jeux. Ils ne se rappellent même pas des noms.

Toutes les enquêtes que j'ai analysées à cet égard sont presque déprimantes. Les gens ont peine à citer spontanément le nom des animateurs radio. Et lorsqu'ils le font, ils confondent souvent les personnes. Ils vous parlent de choses qui n'existent plus depuis 6 mois en affirmant l'avoir entendu récemment.

La formule nostalgique

La radio aime le souvenir, c'est une valeur sûre en musique. Quelques animateurs fabriquent encore des interventions avec le saint du jour, l'anniversaire de naissance ou de décès des personnages célèbres et, bien sûr, avec les éphémérides. Pourquoi pas, mais parfois c'est trop et c'est surtout un peu facile ! Entendre encore aujourd'hui la blague : « Prière d'envoyer la photo du tracteur », interpelle !

D'autres animateurs considèrent que chaque génération deviendra un jour une génération souvenir, alors ils archivent. Ils seront ainsi en mesure de manier le souvenir et ce, dans leur style. Enfin, il y a ceux qui possèdent une prodigieuse mémoire et échappent à la nostalgie ordinaire.

La formule lecture

Il s'agit de la lecture de communiqués tels quels ou de notes de préparation d'émission comme si un acteur nous faisait la lecture de son texte au théâtre. La lecture d'un animateur à l'antenne est assez facile à repérer pour un auditeur puisqu'elle affecte le côté naturel de la communication au point de réduire la force du rythme et la tonalité de la voix.

La formule obsolète

Cette impression de déjà entendue se produit lorsque l'animateur prépare son émission d'une manière isolée et n'est pas suffisamment au fait de l'actualité. Le meilleur exemple est l'animateur de l'après-midi qui n'a pas écouté sa radio de la journée et qui utilise une information dans la presse quotidienne servie par tous les animateurs qui l'ont précédé. Autre exemple : une information pigée dans un mensuel deux semaines après sa sortie sachant que la diffusion en a déjà été abondamment évoquée.

La formule déconnectée

C'est tout à fait courant d'entendre à la radio des invitations à noter des numéros de téléphones à des heures où nous écoutons en voiture. Très bien pour les contorsionnistes qui tiennent le volant et qui ne demandent pas mieux que de le lâcher pour noter ces numéros. Cela se produit lorsque les animateurs ne visualisent pas les modes d'écoute des auditeurs de la radio.

La formule chantée

C'est une vieille habitude qui dure et perdure à la radio. Vous êtes en train d'écouter la finale d'un titre musical que vous connaissez bien et que vous aimez, subitement vous entendez lalalahumhumhumlalala...et vous voilà public de la « ticocaco » préférée de quelques animateurs qui n'ont pas encore compris que parfois ça va, mais à chaque fois ça ne va pas !

La formule compartiment

C'est très émouvant d'entendre la finale d'un animateur qui termine son émission comme si la radio fermait ses portes pour une journée ou une semaine. C'est l'oeuvre du solitaire qui fait son émission et qui n'attache pas d'importance au reste. C'est en opposition à la synergie d'équipe radio que les auditeurs savent pourtant apprécier.